Un soir de pleine lune

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Quatorzième chronique en direct de l'Asie

Hoi An, un soir de pleine lune

C'est la pleine lune. Hoi An se pare de lumières et de couleurs. Les Vietnamiens envahissent les rues de la vieille ville. C'est la fête. Sur la rivière, les bateaux voguent. Quelques grosses embarcations, mais surtout, des milliers de bougies dans de petites barquettes colorées. Les rues sont illuminées par les lanternes. C'est la pleine lune et toute la ville est éclairée.

C'est ainsi que Hoi An s'est présentée à nous, à la tombée du jour. Gros sacs à dos, valise, poussette, nous cherchons notre hôtel à travers les rues et les ponts. Au bord de la rivière, les vendeuses de lanternes flottantes remercient la pleine lune pour cette soirée qui fera leur mois. La lune aura des milliers de souhaits à exaucer, ce soir. Dans un dernier souffle, les lanternes iront s'éteindre dans l'océan, tout près.

Les commerçants ont fort à faire, eux aussi. À l'avant de leur boutique, ils brûlent de l'encens, du papier, des trucs qui sentent bizarre. Les offrandes sont plus généreuses qu'à l'habitude. Fleurs, argent, gâteaux... Une vieille dame jette une poignée de riz sur un monument face à sa boutique. Un homme ignore sa clientèle; il prie à l'avant de son commerce.

Dans un monastère, tout près, les moines chantent. Sur la berge, plus loin, une femme y va aussi de quelques vocalises. Partout, ça rit, ça crie, ça prie.

Dans les rues, c'est l'effervescence. Les piétons envahissent les rues fermées à la circulation. Une marée humaine se presse sur les ponts. Les lanternes multicolores jettent un éclairage festif sur ce soir de pleine lune. Manu et Louka entonnent joyeusement un «bonne fête». Ils veulent manger du gâteau pour célébrer la lune.

Est-il vrai que les crimes sont plus nombreux à la pleine lune? Un groupe organisé de deux hommes et trois femmes tentent de nous détrousser sur un pont bondé. Nous déjouons leur stratagème. Une minute plus tard, un piéton roule dans la rue, victime d'un vol à la tire par deux motocyclistes. C'est la pleine lune. C'est la fête. Certains truands ont fort à faire, eux aussi...

Pleine lune ou croissant de lune, les soirées sont toujours magiques à Hoi An. Les rues de la vieille ville sont animées. Les commerces sont illuminés. Quelques lanternes voguent doucement sur l'eau. Mais comme la lune, l'effervescence n'est pas aussi pleine les autres soirs.

Hoi An nous a charmés un soir de pleine lune. Le lendemain aussi, baignée par la lumière d'un ciel sans nuages. La vieille ville se pare de jaune orange - vraiment, une couleur entre le jaune et l'orange -, ses façades abritant de charmantes boutiques. Envoûtés, nous avons décidé d'y rester une semaine.

Hoi An sur mesure

En plein centre du Vietnam, sa périphérie baignant dans l'océan Pacifique, Hoi An s'est développée sur les berges de la rivière Thu Bon. Au bord de l'eau, une magnifique promenade, des palmiers, des boutiques et des restos, quelques vendeurs ambulants, de petites tables où Vietnamiens et voyageurs se pressent pour manger sur le pouce. Des cyclistes invitent les passants à prendre place dans leur cyclo-pousse pour un tour de ville. Des bateliers invitent les passants à prendre place dans leur embarcation pour un tour nautique.

Dans son bateau, la plus belle des petites vieilles a un a sourire pas de dents accroché au visage. Elle rayonne à l'ombre de son chapeau conique. Quand personne ne la regarde (sauf moi, discrètement), son visage est naturellement plissé par le bonheur. Quand des touristes se pointent, elle les salue de la main en souriant davantage. C'est immanquable: elle se fait prendre volontiers en photo et, sans rien demander, reçoit un billet. Les mains jointes, son merci est sincère. En quelques coups de rame, elle transporte son sourire un peu plus loin, près du pont où, le soir venu, elle vendra des lanternes.

Hoi An est une ville faite sur mesure pour nous. Des kilomètres de charmantes rues à parcourir, une plage paradisiaque tout près, un chouette hôtel, de l'action à profusion... et des tailleurs. La spécialité de Hoi An. La réputation de ses quelque 250 tailleurs dépasse largement les frontières de la ville. Et leurs prix valent largement le déplacement. Un complet de bonne qualité: 100$. Une chemise: 25$.

On choisit d'abord son modèle. Même les grands designers peuvent être copiés au détail près. On choisit ensuite son tissu. Puis on passe le lendemain à la salle d'essayage. Puis le surlendemain, jusqu'à ce que ce soit parfait. Nous avons dû acheter un sac supplémentaire pour apporter tous les vêtements que nous avons fait faire sur mesure. Et nous avons mis un frein aux nouvelles commandes, faute de place dans nos bagages!

Vietnam sous-marin

Même quand nous aurons fait le tour du monde, nous n'aurons découvert que 30% de la planète bleue. J'en aurai exploré un tout petit peu plus, car je ne lève jamais le nez sur une occasion de plonger. De Hoi An, on aperçoit, au loin, les îles Cham. Tout près du rivage, de belles possibilités de plongée, que ce soit en apnée ou en profondeur. Mes garçons m'envient. Mon époux a peur des poissons. Ils ont pataugé dans la piscine de l'hôtel pendant que je partais à l'aventure sous-marine. Deux fois plutôt qu'une.

Il y a d'abord ces gigantesques étoiles de mer indigo, accrochées aux coraux. Un ciel étoilé fait pâle figure à côté de ces géantes qui parsèment le fond de l'eau. Il y a aussi ces coraux, qui se déclinent sous toutes les formes, évoquant un cerveau ou un nénuphar parsemé de minuscules fleurs. Au fond de l'eau poussent de minuscules sapins artificiels aux couleurs éclatantes, preuve que le fluo n'est pas passé de mode. Des bosquets de petites plumes repliées sur elles-mêmes se déploient sous la force du courant ou d'un mouvement de la main.

Près des coraux, dans les anémones et sous les formations rocheuses se terrent des milliers de petits poissons multicolores. Certains, pas plus gros que ma main, tentent de m'impressionner quand je passe. C'est leur territoire, rappellent-ils. Les murènes, l'air défiant, sortent la tête de leur trou. Les rascasses, petits dragons sous-marins, déploient leurs nageoires comme des boucliers. Un banc de poissons me frôle à toute vitesse. Je m'étais arrêtée au milieu de l'autoroute.

Pendant près d'une heure, à deux reprises, j'ai exploré le Vietnam sous-marin. Et je compte bien me reprendre un peu plus loin sur la côte. Le lendemain, c'est en famille que je me suis amusée dans l'océan.

An Bang est une plage de carte postale. Du sable fin et doré. Des cocotiers. Des chaises longues sous des parasols faits de feuilles de palmier. De chaque côté de la baie, des collines. Une mer turquoise et chaude, tellement chaude! De petites vagues invitantes. Quelques baigneurs, seulement. An Bang est encore épargnée par le tourisme de masse. Au lieu des tout-inclus, le rivage est occupé par de petits restos.

Manu, armé de flotteurs, défie les vagues. Il les affronte, tombe sous la force des plus puissantes, se relève pour mieux attaquer la suivante. La brise transporte ses éclats de rire jusqu'à la plage où Louka s'amuse. Il fait un gâteau de sable. Pas un château, un gâteau. Son maillot de bain, rempli de sable, a eu droit à plus qu'une part! Sans perdre les gamins de vue, nous profitons d'un rare moment en couple. Enlacés, soulevés par les vagues, nous nous laissons porter par ce moment de pur bonheur.

Maudits autobus: dernier chapitre

Décidément, les routes du Laos ne nous auront pas épargnés. Après une panne, un moteur qui surchauffe et une sortie de route (lire la dernière chronique), nous espérions sortir du pays sans craindre pour nos vies. C'était sans compter sur un autobus, pire que tous ceux à bord desquels nous étions montés. Comme si c'était possible...

À part un problème de roue - un enjoliveur a terminé la route parmi les bagages - rien de grave à signaler. Rien, sauf les conditions dans lesquelles nous avons effectué le trajet entre Savannakhet, à l'extrême ouest du Laos, et Hue, à l'extrême est du Vietnam. Ça nous aura pris 14 heures, arrêts inclus. Quatorze horribles heures pendant lesquelles nous avons préféré le rire aux pleurs.

Nous avons fait l'erreur d'opter pour le bus local, qui effectue le trajet de nuit, plutôt que le bus VIP qui relie les deux villes de jour. Nos garçons dorment dans n'importe quelle condition, alors mieux vaut scraper une nuit qu'avoir deux enfants énergiques cloués à leur siège toute une journée. L'idée, sur billet, était bonne. Jusqu'à ce que nous voyions le véhicule, que dis-je, le tombeau roulant.

Devant la porte, une barrière anti-émeute est érigée. Nous comprenons rapidement pourquoi. Au moment de l'embarquement, c'est la cohue. Chacun se presse, cherchant à remettre son billet en premier. Le chauffeur détermine l'ordre d'embarquement. D'abord, le moine. Ensuite, notre famille. Puis, les femmes. Finalement, les hommes. Pourquoi? Parce qu'un billet ne garantit pas un siège. Conclusion: dans un autobus, ce n'est pas «les femmes et les enfants d'abord», mais bien «les moines et les enfants d'abord».

Même si c'est gratuit pour les enfants, nous avons acheté quatre billets, voulant offrir un «lit» aux gamins. Nous choisissons quatre bancs moins défoncés que les autres. Derrière nous, ça pousse. Seuls une vingtaine de sièges sont disponibles. Dans la moitié arrière de l'autobus, des bagages sont empilés jusqu'au toit. Tant pis pour les passagers! Le bus se remplit, encore et encore. Tout le monde s'empile. Dans l'allée centrale, les hommes s'assoient en train, comme des hippies voulant s'offrir une séance de massage de groupe. Faute de climatisation, il fait chaud comme dans un sauna. Quand tout le monde est à bord, le chauffeur roule sur quelques centaines de mètres, avant d'embarquer plus de passagers. Le bus veut craquer. Moi aussi. Je ris.

Derrière nous, des bagages. Dans la soute, des bagages. Sur le toit, des bagages. Sous nos pieds, des bagages. D'immenses sacs de charbon de bois couvrent le plancher de l'autobus. On y pose les pieds ou, si notre place est dans l'allée centrale, on s'y assoit. À l'avant, une effigie de Bouddha assure notre sécurité. De l'encens brûle à côté du bouquet de fleurs jaunes. Dans leur cage, deux oiseaux chantent au-dessus de la plante qui accompagne moine. Ils sont rapidement enterrés par de mauvaises prestations live de musique vietnamienne ou laotienne, diffusées sur l'écran plasma fixé entre Bouddha et le rideau à pompons. Toute la nuit, un passager fait compétition à la télé, faisant jouer sur son cellulaire ses tubes préférés. Je n'arrive pas à fermer l'œil. Je ris.

Nous sommes les seuls Blancs à bord. Les seuls touristes assez inconscients pour avoir opté pour le bus local. Même si en Asie, personne n'achète de billet pour de jeunes enfants (lire la 11e chronique), aucun passager ne revendique nos places. Une chance: il n'y avait pas assez d'espace pour prendre Manu et Louka sur nos genoux. Nous avons peut-être quatre places dans le bus, mais nous ne sommes pas à notre place. Tout le monde nous sourit, soit par compassion, soit pour se payer gentiment notre gueule.

Au moment du départ, le chauffeur s'adresse d'un geste de la main à Frédéric, qui a les yeux exorbités. Ça va? D'un sourire fendu jusqu'aux oreilles, il lève les deux pouces en s'écriant: «Yeah!» Tout le monde se bidonne. Je ris. Si les conditions nous conviennent, aucun passager ne peut se plaindre, analyse le chauffeur. Nous partons pour 14 longues heures.

Au milieu de la nuit, un de nos gars, dont nous préservons l'anonymat (pas le même que la dernière fois), fait pipi et caca dans ses culottes. À 3h30, nous arrivons à la frontière. La douane n'ouvre qu'à 7h. On nous offre le gîte dans un hôtel improvisé. Au rez-de-chaussée, des tables et des chaises; à l'étage, des matelas et des couvertures. C'est dégueulasse. Insalubre. Immonde. La literie est croûtée par les centaines de voyageurs qui y ont séjourné. Nous nous endormons pour quelques heures. On nous réveille à l'aube.

Louka pète une crise monumentale devant les douaniers amusés et les voyageurs cernés. C'est sous les cris et les pleurs que nous revenons au Vietnam, après seulement deux semaines au Laos. Nous en gardons de merveilleux souvenirs. Mais ce pays n'était pas fait pour notre famille. Les transports et les infrastructures ne sont pas assez développés pour nous permettre de pleinement apprécier ses beautés reculées. Le Vietnam, grouillant d'activité, est plus adapté au type de voyageurs que nous sommes.

Une ville vivante et des tombeaux

Hue, la ville marquant notre retour au Vietnam, est à la fois authentique et touristique. Elle est traversée par la rivière au Parfum. D'un côté, le secteur où se pressent les voyageurs, de l'autre, la citadelle. Le centre-ville est animé de jour comme de soir. Chaque habitant a quelque chose à offrir aux touristes de passage. Dans les rues, les motocyclistes contournent les cyclo-pousse et les taxis. Sur les trottoirs, nous contournons les vendeurs ambulants.

La citadelle abrite l'ancienne cité impériale, qui ne s'est pas encore complètement remise des blessures infligées par les guerres. Derrière son mur d'enceinte vieux de deux siècles, la dynastie Nguyen a régné. Il en reste aujourd'hui des bâtiments en voie d'être retapés et les échos d'une puissance révolue.

Les rois qui se sont succédé à Hue ont fait construire leur dernière demeure en banlieue. Les tombeaux sont accessibles par la voie des eaux. Nous remontons la rivière au Parfum à bord d'une embarcation à moteur en forme de dragon. C'est la mode à Hue. Le capitaine nous invite chez lui. Sa famille habite le bateau. Grand-papa est à la barre, pendant que maman s'occupe de bébé. Papa, le rabatteur, retourne sur la terre ferme.

Nous optons pour le tombeau le plus éloigné. Un véritable havre de paix pour le roi Minh Mang, qui y repose en paix. Les oiseaux nous souhaitent la bienvenue. Un concert intime, puisque nous ne croisons qu'une poignée de visiteurs. En Chine, ce coin de paradis aurait été infernal, avec des milliers de touristes qui se bousculent.

Les bâtiments semblent fusionnés à leur environnement. La forêt et les lacs servent d'écrin aux temples, aux portes, aux statues et aux jardins aménagés au 19e siècle. Le lieu est propice au recueillement. Nous nous y ressourçons, avant de voguer à nouveau vers le bouillonnement urbain.

Après avoir quitté Hue, nous voici à Hoi An. Demain, nous ferons route vers le sud, jusqu'à Nha Trang, une autre petite ville en bord de mer. Un trajet en autobus de nuit. Soupir!

 

L'ASIE EN BREF...

Au Vietnam, le café se boit bien corsé. Si on souhaite l'adoucir avec du lait, il est servi avec du lait condensé.

La poignée de main crée généralement un malaise. Pour saluer quelqu'un ou conclure un acte, on joint les mains. On ne serre pas celle de l'autre. Après quelques poignées de main molles, nous l'avons compris!

Il existe du stationnement avec valet destiné exclusivement aux motos.

En ville, chaque poteau électrique est surchargé par les dizaines de fils qui y sont suspendus. Pas surprenant que les pannes de courant soient plutôt fréquentes. Heureusement, elles ne durent souvent que quelques minutes.

Dans les pays que nous avons visités, les graffitis sont presque inexistants. Les rebelles doivent s'exprimer autrement. Ou pas...

Même si l'alphabet diffère, la plupart des langues utilisent les chiffres arabes. Pas au Laos! Même les prix sont affichés dans une écriture impossible pour nous à déchiffrer.

À la moindre goutte de pluie, des vendeuses d'imperméables parcourent les rues. Elles se ruent sur nous et insistent pour nous en vendre, même si nous sommes déjà vêtus d'imperméables.

Les hamacs sont prisés pour faire la sieste. Ils sont suspendus dans certains commerces, voire à l'arrière des tuk tuks.

Tout se négocie. Même les prix affichés. Même les nuitées dans les chambres d'hôtel. Même le litre d'eau dans un dépanneur.

La sécurité à bord des véhicules est loin d'être appliquée. Presque personne ne porte sa ceinture de sécurité. Dans les taxis, elles sont souvent non fonctionnelles ou inexistantes. Quant aux sièges pour bébés, oubliez ça! Maman porte tout simplement son rejeton dans ses bras, que ce soit en auto ou à moto!

 

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