La pisciculture de Saint-Faustin a démarré ses activités en 1933. Le ruisseau qui y a été découvert s’est avéré d’une température suffisamment froide pour y faire l’élevage des truites. Son débit était d’environ 3 000 gallons par minute, ce qui est « excellent » pour ce genre d’activités, selon le rapport des établissements piscicoles du Québec rédigé par le Service de la Faune du Québec.
Dans les débuts, on ne faisait à la pisciculture que l’élevage de la truite mouchetée. Et, plus les années avançaient, plus on a diversifié les espèces, allant même jusqu’à neuf ou dix. Mont-Tremblant et le lac Manitou, à proximité de Sainte-Agathe, avaient également leur pisciculture. Mais, graduellement, Saint-Faustin a pris la relève de ces deux élevages, acquérant le nom de Station de pisciculture des Laurentides.
Robert Desjardins, de la Société d’histoire de la Repousse, à Saint-Faustin-Lac-Carré, a vu trois de ses frères travailler à la pisciculture. Raymond y a travaillé 46 ans et il en a été le directeur vers la fin. Bernard y a œuvré 35 ans et Denis, entre 10 et 15 ans. « Moi je m’amusais », raconte celui qui, à l’époque, n’avait que 12 ou 13 ans. Il allait visiter ses frères au travail.
La distribution de poissons se faisait à l’automne. On transportait les poissons à bord d’un avion doté d’un réservoir, et à 150 pieds au dessus d’un lac du Québec, on « enlevait le bouchon » et les poissons se déversaient dans leur nouvel habitat.
Au fil des ans, la pisciculture a été trois fois la proie des flammes. « Aucun incendie criminel », soutient Robert Desjardins. Le 28 novembre 1960, le bâtiment principal a été complètement détruit. Le 6 mars 1961, quelques mois après le premier incendie, ç’a été au tour de l’atelier de s’enflammer avec la machinerie qu’il contenait, apparemment à cause d’un problème électrique. Puis, le 27 juin 1978, le bâtiment principal a encore une fois été rasé. On a cessé les activités piscicoles il y a 20 ans.
Recherche et tourisme
De grands noms sont venus y faire des recherches, selon M. Desjardins. Le fondateur de l’Institut de cardiologie de Montréal, Dr Paul David, et le biochimiste et vulgarisateur scientifique de Radio-Canada, Fernand Séguin, étaient du nombre. L’été venu, le Centre de recherche de la pisciculture de Saint-Faustin devenait le lieu de stages étudiants de l’Université de Montréal. C’était également l’endroit où des films « plein air » étaient diffusés : « C’était préhistorique, commente Robert Desjardins. On projeté des films éducatifs de l’ONF (Office national du film) sur la faune, la pêche ou la chasse sur un écran géant en plywood ». Les touristes, pour leur part, y venaient même du comté de Pontiac, contineu-t-il. C’était la sortie du dimanche : les gens allaient au Village du Père Noël à Val-David et à la Pisciculture de Saint-Faustin. On y a accueilli 125 000 visiteurs en 1955. Après la grande messe du dimanche, les voitures affluaient, rue de la Pisciculture. Que pense-t-il de la nouvelle vocation que la MRC des Laurentides veut donner à la pisciculture ? « J’espère que ça va marcher… », répond-il. Elle a été laissée à l’abandon des années durant. D’autres projets devaient y voir le jour, mais tous ont finalement avorté. « Il y avait un manque de vision », soutient Robert Desjardins. Rappelons que la MRC des Laurentides et le Centre de formation professionnelle l’Horizon désirent maintenant aménager sur le site de l’ancienne pisciculture des jardins publics en permaculture.





